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La Maison du Val-d'Ysieux (2/3)

Au milieu du XIXe siècle, l’hôpital possède la maison, les bâtiments et dépendances qu’il occupe alors, provenant de l’acquisition de l’hôtel de l’Échiquier, et environ 73 hectares de terres cultivables ou de prés, répartis sur Luzarches et neuf autres communes circonvoisines. Il possède également des friches, des bois, des carrières, tout le mobilier, de multiples rentes et des fonds de réserve s’élevant à 30 000 F (approximativement, 75 000 euros de nos jours).

Si nous choisissons l’année 1859 pour faire un rapide bilan, nous constatons que les recettes sont largement supérieures aux dépenses : les revenus, cette année-là, s’élèvent à 11 286.75 F et les dépenses, à 9 603.05 F. Mais l’état de vétusté des locaux rend impérieuse la nécessité d’une reconstruction totale de l’établissement.

Le sous-préfet s’adresse au maire par lettre en date du 18 avril 1836 :
"M. le Maire, la suite que vous avez mise dans l’exécution des travaux de votre hôtel de ville, et le prompt succès que vous avez obtenu, m’a suggéré l’idée de vous renouveler la proposition que j’avais déjà mise en avant, sans résultat, de reconstruire à Luzarches un hospice convenable. Celui qui existe est vraiment ce qu’on peut trouver de plus mal établi".

La commission administrative, cédant aux pressantes instances de l’administration, décide d’acquérir, "pour 16 000 F, un clos contenant environ 69 ares, situé dans Luzarches, vers le milieu de la rue Bonnet, qui forme un parallélogramme dont l’un des grands côtés est longé par la rue qui le sépare de la grande place publique du Champ de Foire, appartenant à Alexandre Hahn".




Plan des pavillons d’entrée du nouvel hôpital de Luzarches extrait du dossier de Gillet, architecte 1865
(Archives hospitalières - cliché jmrb_2007)
En 1838, le 2 février, "M. de Moncerf, directeur de la Société des Houilles de Luzarches, attribue à l’hôpital 5 actions (250 F par action), à charge d’entretenir un ou plusieurs lits à la disposition des ouvriers malades ou blessés appartenant à la société, de leur femme ou de leurs enfants". (Les recherches de charbon de terre à Luzarches feront prochainement l’objet d’articles dans Lusareca.)

En 1841, l’hospice fait "équiper de grillages les croisées des deux salles où l’on place les aliénés" et acquiert "deux camisoles de force pour les aliénés furieux".

En 1855, la commission administrative se compose de MM. Ribous, maire, Caron, Gaillard, Mayeux, épicier, et Thézard, notaire. Le 4 juin, Alexandre Hahn est nommé membre de cette commission par le sous-préfet. Il est installé le 15 juillet 1855.   

Cinq ans plus tard, le conseil examine un premier projet de reconstruction, sur le terrain situé rue Bonnet. Le projet est rectifié, pour prévoir des lits supplémentaires et ajouter un bâtiment pour les classes destinées à l’école de filles, dirigées, comme l’hôpital , par les Sœurs de Nevers. Le ministre de l’Intérieur le refuse, "considérant que 16 lits suffisent et que le budget ne peut supporter le coût de la construction de la maison d’école, compte tenu des ressources dont dispose la commission administrative et de la population habituelle de l’établissement".

Un projet plus modeste voit le jour en 1864. Il est présenté par M. Gillet, architecte à Paris. Le 27 octobre, M. Lallier, maire, soumet les plans à la commission et fait adopter le cahier des charges. Mais, le 15 décembre, lecture est donnée d’une lettre du préfet demandant la modification de ce cahier des charges. Entre autres, il est souhaité que la lucarne prévue au milieu du toit de la façade soit remplacée par un campanile ou une horloge. L’approbation définitive du préfet n’est donnée que le 22 janvier 1865.



Dossier du projet de construction du nouvel hôpital de Luzarches présenté par V. Gillet, architecte, à A. Lallier, maire, le 7 mai 1865.
(Archives hospitalières - cliché jmrb_2007)
Il faut attendre le 7 mai 1865 pour que soit enfin posée la première pierre de l’hôpital. La bénédiction est donnée par l’abbé Soret, curé doyen de Luzarches, créateur de l’orphelinat, en présence de M. Lallier, maire, MM.  Hardouin, Budin, Hahn, Hamelin et Pique, membres de la commission, M. Gillet, architecte, directeur des travaux, M. Soret, entrepreneur de maçonnerie. Une médaille commémorative ainsi qu’une série de pièces de monnaie au millésime de 1865 et à l’effigie de Napoléon III sont placées dans la pierre formant la première assise du jambage de la porte d’entrée du vestibule, côté du levant.


Le discours est prononcé par M.Hahn :
"C’est la première pierre du nouveau bâtiment de l’hôpital que nous venons de poser dont un savant architecte a su tracer les projets bien appropriés à sa destination et en rapport avec les ressources pécuniaires de l’administration et dont un intelligent entrepreneur nous montre par les prémisses écloses en ce jour ce qu’on peut attendre de lui et de ses habiles coopérateurs, de leur consciencieux travail, pour la réalisation de l’œuvre. [...] Ce palais de l’hospitalité, institution qui n’a pas eu son analogue dans les temps anciens, est un produit de notre civilisation moderne. [...] Je ne vous ferai donc pas aujourd’hui l’historique de notre hôpital, œuvre de l’aumône de nos devanciers : fleuve nourricier qui a penché son urne et a fécondé l’avenir ; car c’est grâce à leur prévoyance et aussi à la bonne gestion des administrateurs que nous pouvons, aujourd’hui, sans diminuer la largesse des secours, même de ceux hebdomadaires, amener à fin notre projet de reconstruction du bâtiment de l’hôpital, projet dont il est question depuis plus d’un demi-siècle, et dont l’exécution a sans cesse été entravée ! [...]"



Liste nominative des membres de la commisiion administrative de l’hôpital de Luzarches, du personnel, de l’entrepreneur et de l’architecte en 1865.
(Archives hospitalières - cliché jmrb_2007)
Les 8 pensionnaires sont alors 3 journaliers, 3 tourneurs, 1 domestique, 1 cultivateur, originaires de Luzarches centre, de Gascourt, de Trianon, et du Pas-de-Calais. Ils sont hospitalisés pour "typhoïde, phtisie, otite, érysipèle, contusion à l’œil, pleurésie, infirmité, fracture à la tête". Dès 1866, on compte 14 personnes hospitalisées, dont 7 de Luzarches.

L’année suivante, les importantes modifications qui doivent être réalisées sur le bâtiment neuf entraînent l’approbation par le conseil d’administration d’un devis supplémentaire de 31 274.67 F. L’ancien hôpital, ses dépendances et sept pièces de terre sont mis en vente – la mise à prix étant de 71 900 F –, mais ils ne trouvent pas acquéreur. La réception définitive des travaux est annoncée au conseil le 14 octobre 1867.

En 1872, on décide que les bâtiments de l’ancien hôpital seront mis en vente aux enchères publiques. Une proposition faite par Alexandre Hahn n’est pas retenue et c’est finalement M. Venevault qui se propose de les acquérir au prix proposé de 10 000 F.

En 1873, M. Truchy, maire et président de la commission administrative, cède gratuitement à l’hôpital une bande de terrain circulaire autour de la chapelle. Au cours de cette même année, l’hôpital accueille 23 personnes, dont 14 de Luzarches. Le 4 juin 1874, Hahn est nommé vice-président de la commission administrative.

Le 25 janvier 1879
, le nouveau règlement intérieur est voté. Il concerne les admissions, l’ordre, la discipline, les services religieux, le travail, la santé, le régime alimentaire, les secours à domicile adressés aux indigents, et donne la liste du personnel qui se compose d’un secrétaire, d’un receveur, d’un médecin, d’une domestique et de trois sœurs hospitalières, chargées également des classes de filles.



Plan de la façade du nouvel hôpital e Luzarches avec vue sur le beffroi abritant la cloche de 1676, extrait du dossier de Gillet, architecte 1865.
(Archives hospitalières - cliché jmrb_2007)

En voici quelques extraits
"Art. 3. Chaque membre de la commission exerce à tour de rôle pendant un mois la surveillance journalière sur toutes les parties du service intérieur. Il pourvoit provisoirement aux besoins imprévus de ces services et il en rend compte à la commission
Art. 18. Tout malade admis est tenu d’apporter, outre les vêtements nécessaires, un trousseau à son usage composé de six chemises neuves, douze serviettes neuves, douze torchons neufs, quatre paires de draps neufs ; lit, matelas, couvertures sont fournis par l’hôpital.
Art. 28. Les employés seront un secrétaire, un receveur, un médecin, un domestique, trois sœurs hospitalières chargées du service intérieur et deux autres chargées de la salle d’asile et de la classe de filles.
Art. 43. Le travail est obligatoire dans l’hôpital et tout individu en état de s’y livrer qui refuse de se rendre à l’ouvrage peut être privé de sortie, renvoyé pendant trois mois.
Art. 44. Les vieillards indigents valides doivent à l’établissement huit heures de travail par jour en été et six en hiver.
Art. 49. Les visiteurs ne seront admis auprès des malades que les jeudis et dimanches de midi à 2 h.
Art. 51. En hiver, le lever a lieu à 7h, en été à 6h et le coucher à 8h et demie."


Le règlement ne reçoit pas l’approbation du préfet, qui demande des modifications. Le 19 janvier 1880, il est réexaminé, sans enthousiasme ! La commission propose :
Art. 18. Ajouter "indigent" après tout malade.
Art. 49. Ajouter "Néanmoins, dans certaines circonstances, des autorisations particulières pourront être accordées".
Ce règlement est à nouveau remanié plusieurs fois sur ordre du préfet, mais on ne trouve pas trace de son adoption définitive.


Les familles aisées de Luzarches testent très souvent en faveur de l’hôpital. Citons en particulier, pour des sommes importantes, quatre légataires : la famille Thézard, qui, au décès de Me Thézard, notaire, lègue 1 825 F (le traitement du médecin inscrit au budget de la même année s’élève à 350 F) ; Mme Veuve Comynet, propriétaire du château de Chauvigny, qui lègue plusieurs immeubles, des terres exploitées, et du mobilier de grande valeur ; M. Truchy, maire, déjà nommé plus haut, qui offre à l’hôpital un petit pavillon lui appartenant et le fait rénover à ses frais dans le style des pavillons de l’entrée ; enfin, Mme Vogt, qui lègue la somme de 10 000 F en 1927.

Sur injonction de M. le Sous-Intendant militaire de Versailles, au nom du ministre de la Guerre, la commission s’engage à recevoir les militaires malades, de passage ou évacués, et passe une convention d’une durée de 5 ans avec les ministères de la Guerre et de l’Intérieur.

Le 22 juillet 1884, la commission administrative examine la requête des héritiers Comynet (née Victoire Hermine Guillaume) qui contestent le legs. La commission fait observer qu’il "est de notoriété publique que la testatrice s’est toujours considérée, depuis la mort de sa fille unique et celle de son frère, comme étant sans famille et par conséquent sans héritiers. Née à Paris, elle habitait Luzarches depuis plus de 70 ans. La commission considère que la demande des pétitionnaires est dénuée de motif et déclare, à l’unanimité, demander instamment à M. le Préfet de l’autoriser à accepter le legs".

En 1885, le dossier n’est toujours pas revenu. La commission envisage d’agrandir l’établissement et commence à s’impatienter. Il faudra attendre fin 1887 pour que le legs soit enfin accepté.

Deux ans plus tard, le 29 juin, M. Vernier présente à la commission ses plans d’agrandissement, qui sont acceptés et envoyés à l’administration. Ces plans sont renvoyés le 13 mars 1888 pour complément d’instruction.

En mai, le maire de Chaumontel, M Goupil, proteste contre le renvoi « de l’hospice » d’un de ses administrés. La commission administrative lui répond que les lettres patentes de Louis XIV, en sa possession, témoignent de la dénomination de l’établissement en tant qu’hôpital et que ce terme a toujours été utilisé. Elle ajoute que le terme « hospice » est un mot « impropre dans toutes les circonstances ». Elle précise que le legs de Mme Comynet, qui conduit à héberger gratuitement des indigents, ne concerne que la commune de Luzarches et non les communes de Chaumontel, Lassy, Le Plessis et Bellefontaine.

En 1890, le préfet demande de prévoir des cellules pour recevoir « les malades atteints d’aliénation mentale ». La commission fait remarquer qu’il existe déjà une cellule et que personne de Luzarches ne l’a utilisée depuis dix ans. Les tergiversations se poursuivent.
Le 28 juillet, la commission décide de céder à la ville de Luzarches, sans aucune indemnité, une pièce de terre qui appartenait à Mme Comynet, pour l’agrandissement du cimetière à partir du mur de son tombeau jusqu’à la voirie du chemin du Moulin de Luzarches en face le chemin de la Croix des Valets allant à Chaumontel. Lors de la même séance, les plans d’agrandissement sont à nouveau examinés. Ces plans seront définitivement acceptés le 15 avril 1889 et les travaux mis en adjudication le 5 février 1891.

Le 17 mars 1890, "M. Vaisselle, vice-président, exprime les regrets de la commission de la perte qu’elle vient de faire en la personne de M. Hahn, décédé le 2 mars, vice-président de l’hôpital et membre de la commission administrative pendant plus de quarante années. M. Hahn a rendu à l’hôpital des services qui ne seront jamais oubliés par les habitants de la ville".




Plan de la façade arrière du nouvel hôpital de Luzarches avec vue sur la chapelle, extrait du dossier de Gillet, architecte 1865.
(Archives hospitalières - cliché jmrb_2007)
En 1891 commencent les travaux d’agrandissement de la chapelle.
Les années 1891, 1892 et 1893 sont marquées par les multiples démarches entreprises pour vendre une maison sise à Paris, rue d’Astorg, léguée par Mme Comynet, afin de financer les travaux d’agrandissement. Le ministre de l’Intérieur demande "un extrait du testament de Mme Comynet et un plan d’immeuble. La commission prie le ministre de l’Intérieur de vouloir bien donner l’autorisation d’emprunter le plus tôt possible ; les entrepreneurs doivent commencer leurs travaux dans les premiers jours de mai".

Le 11 avril 1892, l’autorisation est enfin accordée pour la vente de la maison de la rue d’Astorg, pour la somme de 240 000 F.

Le 20 septembre, le Dr Barbier démissionne, après 34 années de service ; il est remplacé par le Dr Ockinczye.
Le 18 novembre, on donne lecture d’une lettre émanant conjointement du conseil général et du préfet, qui souhaitent créer un service départemental d’hospitalisation.

"L’hôpital de Luzarches, considérant qu’il a été créé au moyen de legs faits par des particuliers et destinés à secourir les habitants de Luzarches, Bellefontaine, Chaumontel, Lassy et Plessis-Luzarches, et non pas les indigents des autres localités, la commission décide de faire verser une somme de 3 F par jour pour toute personne adulte soignée à Luzarches mais étrangère à la commune de Luzarches".



Plan de la maison de la rue d’Astorg, à Paris, léguée à l’hôpital de Luzarches par Madame Veuve Comynet.
(Archives hospitalières - cliché jmrb_2007)
Le 12 août 1899, la préfecture avise la commission de son projet de modifier la législation des établissements charitables et de son souhait de voir fusionner l’hospice et le bureau de bienfaisance de Luzarches. La commission se prononce, à l’unanimité, pour le maintien de la situation d’alors et contre la fusion des deux établissements en un seul. La formulation du refus est sans appel : "L’utilité du projet de loi n’apparaît donc nullement. [...] La loi actuelle suffit pleinement".

Le nouveau siècle s’ouvre sur les mêmes problèmes. Le président de la commission est M. Gilbert-Boucher, maire, les autres membres étant MM. Bernardin, vice-président, Budin, Dupré, délégué du conseil municipal, Flament, Ockinczye et Legrand

En 1900, l’hôpital ne compte que 24 lits et la commission repousse une demande du ministre de l’Intérieur qui souhaite voir admis des patients atteints de maladies sexuellement transmissibles.
En 1906, le préfet propose la transformation de l’hôpital en hospice chargé d’accueillir les vieillards du canton. La commission fait observer que les bâtiments sont beaucoup trop petits et qu’elle souhaite conserver son statut d’hôpital.

Le 30 août 1910 est prise la décision de faire poser une marquise au-dessus de la porte d’entrée de l’hôpital.



Le nouvel hôpital de Luzarches après l’installation de la marquise au-dessus de l’entrée en 1910.
(Archives hospitalières - cliché jmrb_2007)
La commission délibère sur l’installation de l’électricité. Les devis sont examinés en mars 1911 et elle choisit la maison Renaud et Tripette pour installer 35 lampes et 16 prises. En mars 1911, l’installation du gaz est également requise pour les cuisines. Le 10 mars, le contrat est signé avec la Saint-Quentinoise et le gaz installé le 30 mai. En août, on décide de poser dans le vestibule une plaque en marbre où seront inscrits les noms des bienfaiteurs. En 1912, un nouveau calorifère est installé.


Dès le mois de septembre 1914 se pose le problème de l’approvisionnement de l’hôpital – la population ayant déserté la ville. Le procès-verbal de la séance du 1er novembre mentionne l’exode de la population de Luzarches à l’approche de l’ennemi (cf. "Écho du passé – Luzarches – La Grande Guerre 1914-1918").

Á partir de 1915
, la situation devient de plus en plus difficile. Il est presque impossible de se procurer du charbon dans la commune ; il faut faire face à une hausse constante des prix de toutes les denrées et à leur raréfaction. Certaines des propriétés de l’hôpital sont dégradées et les revenus des terres affermées s’amenuisent.

Les administrateurs encore présents dans la commune et le personnel font face du mieux possible, avec le concours de quelques commerçants charitables. Seules les affaires courantes sont mentionnées, à l’exception de la réfection du calorifère de la chapelle.

Il faudra attendre la loi du 17 avril 1919 sur la réparation des dommages de guerre, et le dépôt de la demande d’indemnité,  pour envisager un recouvrement du montant des pertes subies.

Renée Baure-Rat & Jean-Michel Rat     
jmrbrulis@orange.fr


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