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La Houille à Luzarches : La Charbonnière (1/2)

                            
    

Une correspondante domiciliée près du village de Thury dans l’Oise, nous a contactés pour trouver quelques renseignements sur Héricart de Thury. Elle avait entendu dire que cet ingénieur avait examiné la possibilité de trouver du charbon à Luzarches. Elle avait consulté en vain plusieurs ouvrages. Grâce aux documents confiés par nos amis Luzarchois, à nos, à nos recherches aux archives et à nos documents personnels, nous avons peu à peu, reconstitué l’histoire d’un siècles de déboires et d’énergie perdue ! En outre, nous avons retrouvé un exemplaire, publié par l’imprimerie de Mme Huzard en 1830, de la Notice qur les recherches entreprises à Luzarches et le degré de possibilité d’y trouver une mine de houille ; extraites des mémoires, de M. le Vte de Thury.

 

Recherches de charbon de terre au XVIIIe siècle (M. Morand - 1780 - Cliché jmrb_2006.)                                                                                 

        

Les premières recherches : l’espoir

En 1778, François Pierre de Tubeuf, concessionnaire des mines de charbon de terre des Cévennes, ayant découvert, à ses frais, des indices de mine de charbon sur "l’étendue des terrains compris entre Chantilly, La Ferté-sous-Jouarre, Rozoi, Corbeil, Chevreuse et Mantes", s’adresse au Conseil d’État ans ce pour obtenir l’exclusivité des recherches dans ce périmètre. Le 10 avril 1779, il obtient une concession pour lui-même, "ses hoirs, successeurs ou ayant cause", pour une durée de trente années, à Luzarches.

 

       Arrêt du Conseil d’État du Roi (ADVO – Cliché  jmrb _ 2006.)

«Le 6 septembre 1782, Tubeuf, concessionnaire du Roi pour l’exploitation des mines de charbon de terre, signe avec l’hôpital de Luzarches un contrat de 74 livres de rente pour les recherches qu’il commence en 1786 sur une pièce de terre lui appartenant et située près de la grande fontaine», dans le vallon de la Charbonnière. Il réside au couvent de Rocquemont et continue ses explorations. Il essaie de trouver des actionnaires et décide alors de s’adresser au prince de Condé.  Après avoir placé une partie de ses actions auprès de ses amis, il propose au prince d’en accepter vingt-cinq et de protéger son entreprise.


Mémoire pour être présenté à son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince de Condé (Musée Condé. Chantilly – Cliché  jmrb _ 2006.)

Transcription du mémoire :

Le Sieur Tubeuf, après s’être assuré de l’existence du charbon de terre dans les environs de Paris, par les différentes fouilles qu’il a d’abord faites à ses propres frais, tant à Saint-Germain qu’à Luzarches, en obtint la concession du Roi, par arrêt de son Conseil du dix avril mil sept cent soixante dix-neuf, dont il joint ici un exemplaire, et chercha ensuite à former une compagnie, qui fît les autres fonds nécessaires, pour mettre cette précieuse entreprise en valeur.
Il la divisa en cent actions : il s’en réserva soixante sans nouvelle mise de fonds de sa part, et en proposa quarante, à raison de dix mille livres chacune, faisant un capital de quatre cent mille livres destiné à monter cette entreprise.
Il communiqua ce grand projet à ses amis, qui, par la confiance qu’ils avaient en lui, et en son expérience en cette partie, se chargèrent des quarante actions, mais dans le dessein d’en remettre vingt-cinq, lorsque les travaux seraient préparés, jusqu’à la concurrence de quatre mille livres par action, afin de donner au Sieur de Tubeuf la facilité de composer sa compagnie à son gré. Le contrat de société en fut passé le sept juin mil sept cent soixante dix-neuf suivant l’expédition ci-jointe.
Aujourd’hui il est question de placer ces vingt-cinq actions, et le vœu du Sieur de Tubeuf, et de sa compagnie, serait que Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince de Condé voulût bien les accepter, et s’interférer à cette belle entreprise, digne par son utilité de la protection d’un aussi Grand Prince. Il ne s’agirait dans ce moment que de rembourser aux cessionnaires quatre mille livres dont chaque action est chargée, et de fournir à un appel de deux mille livres par action, ce qui ferait, pour les quarante actions, un capital de quatre vingt mille livres, qui mènerait ces opérations très loin, car le Sieur de Tubeuf ne présume pas que chaque action soit jamais obligée de fournir ses dix mille livres pour mettre cet établissement en vigueur. Le Sieur de Tubeuf ne se permettra pas d’exposer à S.A.S. les avantages qui doivent résulter de cette entreprise pour fixer sa protection et ses soins, il suffira de lui représenter que le but de cet établissement est d’approvisionner la ville de Paris de ce combustible, qui lui devient de première nécessité, ce qui rend cette entreprise la plus intéressante du royaume.
Le Sieur de Tubeuf ne propose pas à son S.A.S. le traité de société comme un acte à souscrire, mais il le soumet aux décisions de S.A.S., pour y donner telle autre forme qui lui serait agréable.

 
                                                                                                
Le vallon de la Charbonnière. Les aulnes de la Seigneurie.  Le bois du Tremblay.
(Cliché jmrb_2006.)  (Cliché jmrb_2006.)   (Cliché jmrb_2006.)

Le 9 octobre, Maître Boucher, notaire, dresse procès-verbal, en présence de M. Tubeuf, de l’état de la fouille faite au coin de l’enclos du couvent de Rocquemont, au lieu-dit « les aulnes de la Seigneurie ».

Les maîtres mineurs venus de Valenciennes attestent qu’« après 51 pieds (16.56 m) de sables mouvants, de glaises sablonneuses et un niveau d’eau entretenant deux pompes de 6 pouces (0.16 m) de diamètre chacune, il s’est trouvé une première veine de charbon de 8 pouces d’épaisseur (0.22 m) ;  que 10 pieds (3.25 m) plus bas, et sous les mêmes glaises mais plus grasses et plus noires, une seconde veine divisée en quatre filons faisant ensemble 3 pieds (0.98 m) de charbon dont l’échantillon, partie réduit en grains et partie en morceaux ramassés sur les bords du puits, est mis sous scellés dans deux boîtes, une remise à M. Tubeuf, l’autre au notaire ; que la veine a un toit de grès tendre, parsemé de coquillages ; qu’ensuite de plusieurs glaises plus dures, mais peu consistantes ; les eaux n’ont pas été arrêtées jusqu’à 88 pieds (28.58 m) où une couche de grès à gros grains et une espèce de marne contenant beaucoup de pierres de corne et de pyrites ont arrêté les eaux à 90 pieds (29.25 m) de profondeur ; qu’alors on a sorti les pompes ; que la fouille a été creusée à 143 pieds (46.46 m) ; on a ouvert une galerie latérale pour rencontrer la veine ; à 192 pieds (62.36 m) de distance, on a retrouvé la seconde veine, ayant 17 pieds (5.52 m) de pente, du nord au midi, paraissant plus abondante et meilleure que dans le puits ; mais qu’aussitôt débouché dans la veine il est sorti une grande quantité d’eau, que la galerie a été remplie d’un bout à l’autre ainsi que 49 pieds (15.92 m) du puits ; ce qui a causé un affaissement sur le bout de la galerie où il paraît un trou de 20 pieds (6.50 m) de diamètre, sur 8 ou 10 de profondeur ».

Ils reconnaissent que la veine est assez abondante pour être exploitée, mais que la mauvaise qualité des terrains qui la couvrent et l’abondance des eaux qui la noient la rendent inexploitable. Ils suggèrent alors de creuser plus bas dans un terrain plus solide.

Les premières déceptions

Le 12 août 1787, les habitants se plaignent à leur syndic, Le Flamand de Joyenval : Tubeuf continue ses recherches et creuse des puits dans plusieurs endroits du territoire. Il néglige ses engagements financiers et est poursuivi par ses créanciers.

En novembre, l’assemblée municipale se réunit et donne suite aux nombreuses plaintes émanant surtout des vignerons. Elle établit un mémoire destiné aux autorités.

Transcription de l’arrêté de la communauté des habitants de la paroisse de Luzarches :

L’an mil sept cent quatre vingt-sept, le dimanche vingt-cinq novembre quatre heures de relevé, l’assemblée après avoir été convoquée en la manière ordinaire au son de la cloche par le valet de ville, tenante en la chambre à ce destinée.
M. Marié, syndic, a représenté que M. Tubeuf fait faire des fouilles depuis huit ans au moins dans l’étendue du terroir de Luzarches ; qu’après avoir fait creuser différents puits, il vient encore d’en faire creuser un au centre des vignes lieudit le Vieux Chemin de Paris, lequel canton peu considérable en étendue est celui le plus essentiel à la classe des vignerons et des journaliers copropriétaires de ce canton, lesquels se reposent sur la production de ce sol pour y vivre et soutenir leurs familles et acquitter les impositions auxquelles ils sont sujets ; que cette nouvelle fouille a même été faite dans un héritage appartenant au sieur Petit sans avoir été prévenu, ainsi qu’il le déclare, et sans avoir par M. Tubeuf rempli les obligations qui sont imposées par les règlements relatifs aux fouilles, ajoute même M. Marié d’après ce qui lui a été dit par plusieurs habitants, notamment par les vignerons ; que M. Tubeuf a fait faire des galeries à jour sans être étayées à partir des autres appelées « les aulnes de la Seigneurie » ; que ce défaut de solidité peut exposer leur propriété à être détruite et même toutes personnes à être blessées et y périr par des fondis qui s’y forment.
Que les plaintes des vignerons, lesquels ont représenté qu’ils doivent trouver du secours et de la protection dans l’administration ; que si l’intérêt public faisait cesser l’intérêt particulier, les porte à souffrir les fouilles, il leur semble que M. Tubeuf doit au moins se conformer aux règlements, indemniser, causer moins de dommages qu’il est possible et s’entendre avec les propriétaires, que ces plaintes a dit M. Marié, l’ont forcé à faire ses représentations ; que les vignerons dont il vient de parler sont même présents.
En conséquence, la matière mise en délibération, l’assemblée, reconnaissant justes  les représentations qui ont été faites par les vignerons, a autorité et autorise le sieur Boucher de rédiger un mémoire, pour être représenté à M. le Contrôleur général, au Ministre ayant le Département des mines et à M. l’Intendant, lequel mémoire passera au préalable à la signature de MM. Le Flamand de Joyenval, syndic de la municipalité, Marié, syndic de la communauté, Petit et Lefèvre, Sandrin, Bourgeois, Corborand, procureur fiscal, et Desjardins, ancien syndic
Et tous les présents ont signé.

En outre, les résultats sont très loin d’être satisfaisants. Les événements de 1789 et la confusion qui s’ensuit à l’échelon local les années suivantes contribuent à ruiner l’espoir de réussite de la compagnie. Le paiement des ouvriers cesse très rapidement.

1792 voit le démantèlement de l’exploitation et l’accumulation des plaintes. Dès le début de l’année, l’exaspération des malheureux ouvriers et employés, qui ne reçoivent plus de salaire depuis près de quatre ans, est à son comble. Ne pouvant assurer la subsistance de leur famille, ils décident de pallier le manque de résultats à leur manière. S’ensuit une série de plaintes et de décisions prises au jour le jour.

Le samedi 12 mai, à 6 h du matin, plainte est déposée auprès du juge de paix, Charles Louis Boucher, par « Louis Pichon, charpentier, demeurant à Luzarches, au lieu-dit la Mine ». Il s’est aperçu « d’un vol d’une pompe en cuivre et autres conduits en fonte ». La plainte est reçue par « Charles Louis Boucher, André Boult et Jean-Baptiste Marié, notables. Le sieur Pichon déclare ne pas savoir signer ».

Le 16 mai « comparaît le caissier des Mines nationales de Luzarches, qui officialise la plainte du sieur Pichon signalant la disparition de la  pompe ».

Le 26,  deux employés, accompagnés de deux gendarmes, se présentent à nouveau devant Charles Louis Boucher, Charles Louis de Sèvres, André Boult, « notables en matières criminelles ». Le charpentier déclare avoir entendu « vers minuit, un bruit considérable alors qu’il était au lit et voulut intervenir ; mais les malintentionnés avaient bloqué » sa porte.

Pichon ayant vu, dans Luzarches, la « veuve Mauries, marchande chaudronnière, domiciliée rue de la Heaumerie à Paris », et son fils Guillaume, décide de se rendre à Paris. Il constate qu’elle possède la pompe en cuivre en question et une autre pompe appartenant à la compagnie. Elle prétend les avoir achetées à Lantrebecq, mineur, avec la permission de Pierre Desaint-Cels, directeur de la mine. Elle dit avoir versé un acompte et montre les papiers officialisant la vente. Il s’agit, d’une part, d’un certificat des officiers municipaux de la ville de Luzarches qui attestent que Desaint-Cels est directeur de la compagnie des Mines nationales de Luzarches et, d’autre part, d’un pouvoir de ce dernier, en tant que « directeur des Mines régionales des environs de Paris », rédigé en ces termes :
« Je soussigné, Pierre Desaint-Cels, Directeur des Mines régionales des environs de Paris, donne plein et entier pouvoir au sieur François Lantrebecq, maître mineur des mines de charbon de terre de Luzarches, à qui il est dû la somme de 3 260 livres pour ses appointements de maître mineur desdites mines, de vendre à son compte deux corps de pompes en cuivre, au prix qu’il croira le plus convenable pour lui aider à vivre jusqu’à ce que la compagnie qui a entrepris les travaux desdites mines ait entièrement soldé son compte.
Fait à Luzarches le 15 mai 1792. »

Pouvoir de Pierre Desaint-Cels. (ADVO - Cliché jmrb _2007.)

Le 6 juin, Pierre Desaint Cels « autorise Lantrebecq à vendre à son compte les effets (matériel) restants ». Le 13 juin, il verse à Lantrebecq, après compte-rendu de la vente,  833 livres en acompte des 3260 livres dues pour ses appointements de Maître mineur impayés depuis quatre ans et dédommage les autres ouvriers. 

(À suivre.)

Jean-Michel Rat et Renée Baure-Rat
jmrbrulis@orange.fr

                                                 
                                                              
                                                                                               

 

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