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Chauvigny : histoire d'un fief (1/2)

L’histoire de Chauvigny débute au XIIIe , lorsque Guillaume, Seigneur de Chauvigny, et son épouse, reçoivent une pièce de terre située dans la censive  du Chapitre de Saint-Cosme, en 1275.

En 1381 (30 juin), Alix de Cheef, tient en fief de Regnauld de Gascourt, et en arrière-fief de Philippe de Beaumont, Seigneur de Luzarches, des terres à Chauvigny et au Bois d’Epinay - Acte d’aveu et dénombrement  de Philippe de Beaumont, Chevalier, à l’Evêque de Paris , à cause de la châtellenie, terre et seigneurie de Luzarches, alors indivise.

En 1385 (3 avril), Pierre Savarre tient trois fiefs à Chauvigny. Le premier relevait de Pierre de Blaincourt, le deuxième de Jean de Cramoisy et le troisième de Regnauld de Gascourt. Cette même année, lors du partage de la seigneurie de Luzarches entre Philippe de Beaumont et Gilles le Gallois, les profits et émoluments de ces trois fiefs reviennent à Philippe de Beaumont. La haute justice sur les personnes nobles de toute la châtellenie, la haute justice sur les personnes non nobles et la moyenne justice à Chauvigny sont du ressort de Gilles le Gallois, tandis que la basse justice jusqu’ à 60 sols est exercée par les seigneurs du fief de Chauvigny.

En 1521, dans l’acte d’aveu et dénombrement fourni à l’Evêque de Paris par Dauphine de Couderc, veuve de Marc de Cenesme  et Dame de Luzarches, Louis Le Coq est nommé détenteur du fief de Chauvigny.

En 1537, Louis Le Coq est propriétaire de Chauvigny. Son nom figure sur la liste des titres de propriétés de la famille Molé .

De 1564 à 1575, Louis Le Coq, deuxième du nom, acquiert et agrandit son domaine de Chauvigny. Au moins  30 contrats sont souscrits durant cette période.
Dès 1565, Louis Le Coq obtient du Châtelet de Paris le droit de colombier à Chauvigny.
Conseiller du Roi et auditeur en la Chambre des Comptes, il fait déclaration de foi et hommage, le 21 avril 1571, à Suzanne de Maynemares, veuve de François de Cenesme, et à ses filles.
Louis Le Coq décède avant l’année 1588 et sa veuve reste à Chauvigny.

En 1602, Louis Le Coq, troisième du nom, loue la ferme de Chauvigny à Pierre Mignière, moyennant un bail de bêtes à laine.

Écuyer, seigneur de Chauvigny, conseiller du Roi et trésorier provincial pour l’extraordinaire des guerres en Brie et en Champagne, Louis Le Coq épouse Marguerite Quatresols en 1613.
En 1615, les époux Le Coq baptisent leur fils Jean. Le parrain de l’enfant est Jean de Thurin, fils du seigneur de Luzarches, et la marraine est Marguerite Sanguin, fille du seigneur de Jagny.
En 1617, René, leur second fils, est baptisé à son tour. Il a pour parrain René Ducrocq, seigneur de Viarmes  et pour marraine, Angélique Darnassacq, Dame de Gascourt.

La famille Le Coq obtient des marguilliers Rondel et Boucher, un banc dans l’église Saint-Damien, pour la donation de Louis Le Coq à l’église d’un parement d’autel en camelot rouge, de deux chandeliers de cuivre doré et 20 livres. Ce banc se trouve alors à la place de celui qui était occupé par Ambroise Avrillot, dame de Luzarches.

En 1624, il achète des biens à Nicolas Avrillot , sieur de Champlâtreux et du fief Vitel à Chaumontel et les loue au vendeur.

Le 23 juillet 1626, Louis Le Coq fait foi et hommage aux seigneurs de Luzarches, la Comtesse de Soissons, Anne de Montafié, et Marie de Refuge, Dame de Fréchine et de Luzarches, conformément à l’aveu fait par son père, Louis Le Coq, deuxième du nom, en 1571.

  Le fief de Chauvigny au 18ème siècle (Musée Condé – Chantilly – cliché jmrb_2005)


Le fief de Chauvigny au terroir de Luzarches se compose alors de :
La maison seigneuriale avec enclos de treize arpents , 21 arpents de terre en plusieurs pièces autour de la maison, le terroir de Saint Lazare, la chaussée de Hérivaux et environs, seize arpents 3/4 "au territoire de la Genestraye, le cimetière de Luzarches, la Voie aux Vaches, Bescherel et environs", 11 arpents "au territoire de la Noue, la Basse-Bruyère et environs", 5 arpents et trois quartiers " au-dessus de l’église Saint Cosme, le territoire de Fresne, de Seugy, de Mont Griffon, la Justice d’Orléans, la Fontaine aux Regnards et environs".
Sont énoncées les censives dépendant du domaine de Chauvigny : la maison de Saint Lazare et deux maisons à côté, des pièces de terre, prés et vignes, "au territoire de Saint Lazare", "au territoire de Chauvigny et les Hayettes", "au territoire au-dessus de Saint Lazare, la Genestraie, la Voie aux Vaches, le Saux Brelan, le Pont de Brassay et Bescherel", "au territoire des Hautes et Basses Bruyères", "au territoire de Belloy, Greval et Trianon", "au territoire du Montouër", " au territoire  du Chemin de Paris et la Haute Chaussée", "au territoire de la Goulette et Fontaine-au-Roy" .

 

Plan du domaine de Chauvigny au 18ème s. (Archives Musée Condé – Chantilly – cliché jmrb_2006)

En 1628 (3 mai), Louis Le Coq, veuf de Marguerite Quatresols, établit son testament au profit de leurs fils, Louis Le Coq, quatrième du nom et Étienne, et de sa servante Martine Boisselet.

La teneur du testament est la suivante :
À Louis, revient la somme de 60 livres par an pour son entretien. À son mariage il doit recevoir 600 livres. Étienne doit recevoir également 60 livres par an et 600 livres à l’occasion de son mariage. Étienne meurt en 1629 et les dispositions testamentaires prévues en sa faveur bénéficient à son frère Louis.
Martine Boisselet reçoit 40 livres et 3 setiers de blé.
L’exécuteur testamentaire est Louis Le Camus de Bertinval .

Le 2 novembre 1641, Louis Le Coq épouse en secondes noces Aimée de Thurin, fille d’Audouin de Thurin, seigneur de Luzarches. Aimée de Thurin et Anna de Thurin, sa sœur, se font donation réciproque de tous leurs biens, y compris le reste de la succession de leur père, de leur mère, Ambroise Avrillot, de leur oncle maternel, Nicolas Avrillot, seigneur de Montereau. Elles se réservent la disposition de 1000 livres, par testament.

En 1644, Louis Le Coq loue à Pierre Prévot et à sa femme, à Gabriel Bonneval et à sa femme Catherine Bonnefoy, la ferme de Chauvigny, 90 arpents de terre, 15 arpents de prés, le tout moyennant 1000 livres, 600 gerbées et 200 bottes de fourrage.

Veuf d’Aimée de Thurin en 1645, Louis Le Coq constitue au bénéfice de la sœur de la défunte, Anne de Thurin, une rente de 250 livres perpétuelle, pour éteindre toutes les dispositions précédentes prises par les deux sœurs.

En 1648 (27 août), il fait foi et hommage au Prince de Condé, Louis de Bourbon, et à Hector de Marle, seigneur de Luzarches.

En 1653, comme l’avait fait son prédécesseur Louis Le Coq, deuxième du nom, entre 1564 et 1575, Louis Le Coq a agrandi son domaine, suivant 33 contrats d’acquisition entre 1602 et 1638.

Il meurt le 11 novembre 1654, sans enfant légitime. Anne, sa belle-sœur, lui succède, sous réserve d’inventaire. Elle était l’épouse de Charles de la Salle, Chevalier, seigneur de Carrières sous Bois, de Laye, de Puiseux en France et autres lieux.

En 1661 (28 mars), elle vend Chauvigny à Claude Fustel, Contrôleur des Domaines au Diocèse de Lisieux et bourgeois de Paris, et à Marguerite Marcade, son épouse.

 

   Extraits du contrat du 28 mars 1661 (Collection part. – clichés jmrb_2008)

Le contrat est ensaisiné en décembre 1661 par les seigneurs de Luzarches et confirmé par décret volontaire le 31 janvier 1662.


       Contrat passé en octobre 1662 entre Anne de la Salle et Fustel (Collection parti. – cliché jmrb_2008)    

La même année, Claude Fustel fait foi et hommage aux seigneurs de Luzarches (à la fille de Nicolas Violé, Capitaine aux Gardes du Roi, et au Chevalier de Soissons, Duc de Noyers).

 

Acte du 31 janvier 1662 portant la signature de Louis Henri de Bourbon (Collection part. – cliché jmrb_2008)

Le domaine féodal se compose alors d’une maison et hôtel seigneurial, cour, colombier à pied, jardin clos à herbes et arbres fruitiers - bosquet nouveau planté d’aulnes, mare à poissons, le tout clos de murs et le bas de haies vives - le tout d’une superficie de 11 arpents, tenant d’un côté la ruelle de Chauvigny, d’autre les terres d’un bout le chemin de Luzarches  à Saint-Lazare, d’autre bout au rû Poupelin, et 14 arpents en face tenant au chemin de Saint-Lazare.
Il comprend, en outre, moyenne et basse justice jusqu’à 60 sols, confiscation et amendes jusqu’à 60 sols, droits de forage, bornage et tonlieu , droit de colombier à pied, droit de voierie sur le chemin de Chauvigny à Gascourt, sur le chemin menant au Vivier du Gril, et droit de saisine.

                                 

 Extraits de l’acte de 1662 (Collection part. – clichés jmrb_2008)

En 1664 (30 septembre), Claude Fustel et son épouse louent la ferme de Chauvigny à Pierre Prévot et à Gabriel Bonneval.

En 1674, le 4 mai, Claude Fustel, fils, avocat au Parlement de Paris, hérite de son père. Il fait foi et hommage au Chevalier de Soissons et à Louis Molé, seigneurs de Luzarches. Il loue la ferme à Michel Boucher le 12 novembre 1674. Marguerite Marcade, sa mère, veuve de Claude Fustel, vend la coupe des arbres situés des deux côtés d’une allée du jardin de Chauvigny, avec une allée de trembles, à couper selon la coutume des bois verts, à la hauteur de 10 pieds. L’allée du milieu est hors marché.

Le 5 février 1675, Marguerite Marcade et son fils Claude étant débiteurs, un huissier saisit en leur absence deux coffres contenant divers objets. L’inventaire établit par Arnoul, notaire, en est le suivant :
"Sur la réquisition de Jean Bazin, huissier au Siège royal de Conflans lès Paris m’aurait dit, à moi, tabellion royal juré, qu’il avait saisi deux coffres bahuts sur la Dame de Chauvigny, à la requête du Procureur général du Roi en la Cour des Commissions des francs fiefs et nouveaux acquêts, pour quête et diligence de Claude Violet chargé du recouvrement desdits droits de francs fiefs, et autres, de la somme de 900 livres et les 2 sols pour livre, ainsi qu’il a été ordonné par Monsieur de Colbert, suivant son Ordonnance   de février dernier, est par moi Jean Arnoul, greffier et tabellion royal du baillage et châtellenie de Luzarches, sur la réquisition et en présence de Bazin, de son assistant et de Michel Boucher, fermier de la Dame de Chauvigny, procédé à l’ouverture desdits coffres, qui l’a été par Nicolas Guénot, serrurier à Luzarches et procédé à l’inventaire et description de ce qui s’y trouve :
1° un sac de toile dans lequel 26 s 8 d monnaie de [ ?] 2° un paquet de 3 cannessons [caleçons] et 4 chemisettes à usage de femme (2 de futaine et 2 de toile) 3° 7 paires de chaussettes à usage de femme et d’homme : 7 mouchoirs de mousseline. 5 coiffes de nuit, à usage d’homme, partie avec dentelle et partie simples : 12 paires de chaussons et 5 de chaussettes : un paquet de vieux linge et un panthalon à usage d’homme : 2 douzaines de draps, dont 8 de toile jaune, 12 moyens blancs et 4 grands de lin : quatre douzaines et 8 serviettes de toile : 9 chemises d’homme et 6 de femme, en lin : 10 moyennes nappes de toile : 1 cannesson et 1 chemisette de femme. Dans l’autre coffre 12 cuillères et 12 fourchettes d’argent, non marquées, que de l’orfèvre : une tasse aussi d’argent en forme de gaudet et garnie de deux amorces. 12 couteaux dont six d’Angleterre, à manche de ronce et une [] longue de six pouces, dans une gaine : un bonnet de velours rouge à usage d’homme. Un tour de lit en futaine rayée de plusieurs couleurs une garniture de lit en futaine à grain d’orge : 4 couvertures de tabourets et 4 fourreaux de pommes de lit : 5 couvertures de tabouret de taphetas rouge cramoisi. Un tour de lit de brocatelle à fonds vert, de plusieurs couleurs contenant 13 pièces, un bonnet vert de tabis, avec une thoilette de tabis bleu ondé : un fonds de lit de toile verte : un tapis de petite tapisserie rayée : 2 paires de pantoufles du palais : un habit à usage d’homme de petit draguet rayé : une veste de taphetas rouge : un justaucorps de percaline  à usage de femme : une chemisette de basin. Deux billets ou mémoire.
Le tout vu et reconnu dans lesdits coffres et j’ai reconnu y avoir vu un papier cacheté des deux bouts et j’ai remis le tout audit Bazin, qui s’en est chargé et qui en a requis l’acte".

En 1675, Madame Fustel loue la terre du domaine de Chauvigny à Nicolas Bonneval. La terre comprend un petit pavillon joignant le colombier, trois granges couvertes en tuiles situées à l’arrière du pavillon, étable et bergeries, dans la basse-cour, colombier à pied, peuplé de 12 d. de pigeons, l’enclos y attenant : 90 arpents de terres, 20 arpents de prés, 4 arpents d’aulnes à Seugy, moyennant 1000 livres et quelques charges. La bailleresse se réserve le corps de logis avec la cuisine, la grande écurie et le jardin clos de murs, dépendant de la ferme.

En 1676, la Maison Dieu se dote d’une cloche dont Madame Fustel est la marraine et Robert Bonnefoy, Bailli de Luzarches, est le parrain. La cloche baptisée Marie-Marguerite, comme la marraine, est bénite par Jacques Thibaut, Chanoine de Saint Cosme. En 1870, cette cloche a été placée dans le clocheton de l’hôpital de la rue Bonnet.

En 1677, Claude Fustel, fils, meurt  sans postérité. Sa sœur, Marguerite Fustel, épouse de Charles Baron, conseiller du Roi et contrôleur général des rentes de l’Hôtel de ville, devient seule propriétaire de Chauvigny.

 

Jean-Michel Rat et Renée Baure-Rat
jmrbrulis@orange.fr

Sources : Archives du Musée Condé – Chantilly
  Archives départementales du Val d’Oise – Cergy
  Archives particulières – Janine Jacques Avec nos remerciements

 

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