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Extrait de la pièce "Sophie Arnould"

Pièce en un acte, composée d’après un poème de Gabriel Nigond, la musique étant de Gabriel Pierné.

(À Luzarches, le 18 septembre 1798.
La grande salle du prieuré acheté par Sophie en 1790, et où la Révolution l’a laissée en paix.
Vaste pièce transformée en salon de campagne, fraîche et sombre.
Meubles rustiques, parmi lesquels quelques beaux meubles, datant de l’époque des splendeurs.
À gauche, au premier plan, cheminée. Au-dessus, porte-fenêtre ouvrant sur le jardin.
À droite, premier plan, clavecin vers lequel un grand miroir s’incline.
Au-dessus, en pan coupé, large voûte laissant voir les premières marches d’un escalier de pierre.
Tout au premier plan, à gauche, petite porte ouvrant vers la cuisine.
Entre la porte-fenêtre et l’escalier, une petite console, puis un dressoir.
Au premier plan, presque au milieu, une table ronde.
Devant la cheminée, un écran. Bergère, fauteuils, chaises.
Sur la console, le buste de Sophie Arnould.
Son portrait au mur, dans le rôle d’Iphigénie.
Fin d’après-midi d’automne.)
 
DORVAL
Eh bien, je me languissais,
Madame, après ma Sophie !
Malgré sa philosophie
De gentillâtre croquaint
L’ermite de Manicamp
Rêvait de monter les marches
Du prieuré de Luzarches!

SOPHIE
Et le voilà déterré
Ce bienheureux prieuré!
Dire, ô Dorval très austère,
Que la chute du feu roi
Nous a logés, vous et moi,
Dans un ancien monastère!
La salle où mes cotillons
Frémissent en purgatoire,
A servi de réfectoire
Aux moines et moinillons !
Ce vieil escalier qui cède
Au trottinement d’un rat,
Entendit le Libera

DORVAL
Au frère prieur succède
Une reine d’opéra

SOPHIE
Laquelle, assez effarée
De cet appareil dot,
A conçu dans son cerveau
Ces mots, gravés à l’entrée,
"Ite, missa est!"

DORVAL
Voici donc votre retraite ?

SOPHIE
Oui ! Fait-il pas vivre aux champs
L’existence bucolique?
J’ai six moutons, une bique,
Douze poulets, très méchants,
Un âne, une vache blanche,
Peu de fruits mais, en revanche,
Du lait, du beurre à foison,
Choux, salade, ciboulette,
Beaux arbres qui font toilette
Nouvelle chaque saison,
Si bien qu’alerte et pressée,
Grand chapeau, jupe troussée,
En Perrette à jupons courts,
Portant paniers ou corbeille,

Je trotte comme abeille,
Des prés à la basse-cour,
Mange, bois, fais de bons sommes,
Chante en filant aux fuseaux
En écoutant les oiseaux!

DORVAL
Mais le soir, quand la solitude
Bourdonne comme un tocsin ?

SOPHIE
Le soir ?
J’ai mon clavecin,
Mes livres... et l’habitude !


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