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Beffrois et clochers (1/3)Avec les remerciements des auteurs au Père Dominique Pissot, curé-doyen de la paroisse, au personnel de la mairie de Luzarches, à Viviane Étiennot, à Gérard Bidault et à son équipe, à Michel Jupille, à Michel et Andrée Merlin, à Odile et Gérard Caron, et à Michel Margotin, qui contribue fidèlement à la correction de cette rubrique. Pouvoir approcher une cloche, habituellement accrochée à des dizaines de mètres de hauteur, n’est pas chose courante. La mairie de Luzarches vient pourtant d’en donner une occasion unique en décidant de restaurer le beffroi fragilisé par le temps. Il nous a semblé intéressant de proposer une étude sur les
cloches de Luzarches, celle de la mairie, celle de la Maison du
Val-d’Ysieux, silencieuse depuis des années, mais qui vient
de retrouver sa voix, celles de l’église
Saint-Côme-Saint-Damien, enfin celles de l’église collégiale
de Saint-Côme, disparues dans la tourmente révolutionnaire.
Cloche du beffroi de la mairie
de Luzarches Depuis des lustres, la vie des Luzarchois est ponctuée par le son d’une cloche qui tinte tous les quarts d’heure et finit par ne plus être remarquée. Pourtant, lorsque la dépose du beffroi devient indispensable, en novembre 2006, et que celui-ci doit être envoyé à l’atelier pour être reproduit à l’identique, il manque brusquement quelque chose dans le paysage sonore des habitants : on n’entend plus la cloche de la mairie La cloche est alors mise en sécurité à la mairie, prête à être nettoyée. Suivons cette opération, qui nous replonge quelque 300 ans en arrière, du nettoyage de la cloche à la repose du beffroi, en passant par un historique de l’horloge, de la cloche et de ses coupelles. Un premier examen de la cloche permet de distinguer, sous les souillures et la patine, des inscriptions latines et des ornements. Le bord inférieur présente des traces de réparations à la suite de fractures dues à la frappe du marteau. Les différentes phases du nettoyage réalisé par Michel Jupille, assisté de Patrice Charon, ont permis de découvrir, peu à peu, inscriptions et ornements, mais aussi de se poser des questions sur l’origine de cette cloche, sur son mode de fonte et sur le métal Les inscriptions latines précédées d’une main, index pointé vers la phrase, sont les suivantes : SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM
[cliché jmrb_2007] La traduction en serait :
Que le nom du Seigneur soit béni
L’an 1717 Percinet m’a faite.
Cette inscription révèle le nom du fondeur, Percinet, qui a fabriqué la cloche en 1717. La première partie de l’inscription est présente dans une locution plus complète :
DEUS DEDIT,
DEUS ABSTULIT, SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM,
qui peut se traduire par « Dieu a donné, Dieu a ôté ; que le nom du Seigneur soit béni » (Ancien Testament. Les livres poétiques. Job I.20). Il n’y a aucune mention du nom de baptême de la cloche, ni
du parrain, ni de la marraine.
Ornements
Sur les flancs,les ornements, opposés deux à deux, représentent, d’une part, une scène de la Crucifixion, d’autre part, deux personnages. L’ornement qui représente la Crucifixion comprend deux personnages en prière : la Sainte Vierge, à gauche de Jésus-Christ, et saint Jean l’Évangéliste, à la droite du Christ. Les deux autres personnages figurent très probablement saint Pierre, tenant à la main gauche une clé, et saint Jean l’Évangéliste, un livre dans la main droite et un bâton dans la main gauche.
[clichés
jmrb_2007]
Origine de la cloche
Rien n’évoque explicitement l’existence de la cloche en 1717 dans les archives connues à ce jour. Une série de recoupements d’informations laisse penser que la cloche a été exécutée par un fondeur itinérant. L’ensemble présente quelques défauts, notamment les anses, avec leurs trous de coulées et évents encore visibles, et l’anneau destiné à maintenir le battant à l’intérieur. Cette partie a été placée sur le cerveau de la cloche de façon imparfaite, voire de travers (ce défaut a nécessité un ajustement spécifique au moment de la repose de la cloche). Une décision prise en l’hostellerie de l’Ange, en 1690, fait référence à un bail accordé à Jeanne Hureau, avec promesse de sa part de faire réparer la chapelle de la maladrerie et d’acheter une cloche. Le propriétaire de l’Ange est Jean Hadancourt, également administrateur de l’hôpital. Or, le 18 mai 1696, les biens de la maladrerie et l’hôtel-Dieu sont réunis. Il pourrait se faire que la cloche achetée par Jeanne Hureau pour la maladrerie soit celle de la mairie. Cependant, une autre hypothèse nous semble également plausible. Les cloches de la collégiale Saint-Côme ont été refondues en
1676 par Jean Guillot, fondeur. Or, en 1791, on décide de donner la
cloche de la paroisse de Saint-Côme à la maison commune, dont
l’acquisition est votée le 4 avril 1790 et l’achat
réalisé le 30 avril 1793, ce qui permet de supposer que cette
cloche est passée de Saint-Côme à la maison commune, puis à la
mairie.
La cloche
Cloche en bronze Assisté de Patrice Charon, notre ami Michel Jupille, décorateur sur métaux, prend en charge le nettoyage de la cloche aux ateliers municipaux. Michel Jupille nous expose son procédé de nettoyage : un premier décapage à l’eau sous pression permet d’éliminer les souillures en surface sans porter atteinte à la cloche. Les traces de peinture sont ôtées à l’aide d’une brosse douce en laiton. L’usage de la soude caustique se révèle nécessaire pour décaper les lettres et les ornements. À la suite de ces opérations, longues et fastidieuses, vient le temps du polissage à la pierre à polir. C’est alors que, grâce à lui, après un travail minutieux et délicat, apparaît la cloche aussi belle qu’au premier jour.
Restauration par Michel Jupille
[clichés
jmrb_2007]
Repose du
beffroi
Le 22 janvier 2007, le beffroi est de retour à Luzarches. Il pèse 700 kg, dont 30 kg pour la couverture en zinc. La charpente est en bois de chêne. Reconstitué à l’identique, il est à nouveau équipé de son système de sonnerie, composé de la cloche, des coupelles et des marteaux. Un savoir-faire remarquable qui perpétue le travail des prédécesseurs ! La charpente a été réalisée par l’entreprise Driollet (10, rue Pierre-Emmanuel à Domont, dans le Val-d’Oise) et la couverture par l’entreprise Tempere (7, rue de Prachay à Presles, dans le Val d’Oise). Les compagnons qui ont assuré le remontage du beffroi et sa
réinstallation sur le toit de la mairie, reconnaissables à la
couleur de leur pantalon (bleu pour les couvreurs et noir pour les
charpentiers) sont Une date que nous retiendrons : le nouveau beffroi de la mairie est né le jour de la disparition de l’abbé Pierre.
(À suivre)
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