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Beffrois et clochers 2/3
L’horloge
L’horloge de la commune, qui constitue avec la sonnerie un ensemble homogène, mérite un examen plus approfondi. Les archives communales ont conservé les pièces originales. Rappelons tout d’abord que la mairie, telle que nous la connaissons, est un édifice datant de 1835. Sa construction est donc postérieure à l’an 1717 indiqué sur la cloche. Sur une gravure de Canella, montrant Luzarches en 1829, on peut apercevoir, sur le toit de la maison commune (la mairie), un beffroi avec une cloche. L’artiste a représenté la rue du Bourg avec un maximum de réalité. On peut en déduire que la cloche qui suscite notre intérêt y était déjà installée. Les archives livrent une indication supplémentaire : la première pièce, conservée dans le dossier M, « Horloge », concerne un mémoire de travaux rédigé par Didelot Sauvigny, horloger à Gonesse, daté du « vingt un pluviôse huitième année républicaine», soit en l’an 1800, «après visite faite de l’horloge posée dans le befroy du temple décadaire» ; il y est question, au point 3, de la sonnerie, c’est-à-dire de la cloche, qui a été rebouchée en cuivre. Les réparations sont toujours visibles. L’horloger précise « qu’outre ces travaux, un nettoyage suffira pour la mettre en état de servir ». L’horloge est une horloge à quarts : elle sonne les heures et les quarts d’heure. L’an 10, un autre mémoire fait état des horloges de la commune, dont l’une est l’horloge de la mairie et l’autre, l’horloge de la paroisse à Saint-Côme. L’horloger Louis François Lanson y évoque une grande sécheresse, qui a provoqué une déformation des « bois sur lesquels les pièces du cadran se trouvent établis ». L’an 11, Divelot Sauvigny de Gonesse atteste qu’ayant terminé la réparation des deux horloges de la ville de Luzarches il s’engage à garantir son travail « pendant trois années, à remettre en couleur le cadran de l’horloge placée sur le local de la mairie, à entretenir les horloges et à faire toutes les réparations convenables toutes les fois qu’il serait appelé par le citoyen maire ». En 1827, l’horloge sera à nouveau réparée. Devant l’état de délabrement de la maison commune, on décide de remplacer l’ancien édifice par un nouveau (voir Luzarches, histoire d’une ville en Pays de France, Jean-Michel Rat et Renée Baure, pp. 97-98). La délibération du 17 mars 1832 du Conseil municipal mentionne « une lanterne, aussi en charpente, de 1,30 m carré hors œuvre sur 1,89 m de hauteur, destinée à recevoir la sonnerie de l’horloge ». Lorsque la maison commune est remplacée par la mairie, inaugurée en 1835, il y a dépose et installation d’un nouveau beffroi. La municipalité fait établir quatre devis pour son horloge. Elle s’adresse à l’« ancienne Maison Niot, successeur Blin, horloges publiques, rue Mandar, n° 10 », à « Lepaute fils, horloger du roi et de la Bourse, rue St Thomas du Louvre, n° 42, 27 août 1835 », à la « Maison Vérité, ingénieur civil, fabriques d’horloges publiques, Beauvais » et enfin à la « Maison Wagner ».
Dossier présenté par Wagner en
1835
[clichés jmrb_2007]
Nous ne disposons pas de descriptifs relatifs à l’horloge ancienne ; en revanche, le dossier contient devis et descriptifs proposés à l’administration municipale par la « Maison Wagner, horloger – mécanicien du roi, horloges publiques pour églises, hôtels de ville, édifices publics, châteaux, manufactures, etc, rue du Cadran, n° 39 ». Le devis – illustré d’une planche représentant différents types d’horloges conçues par l’horloger – est complété d’un supplément indiquant une augmentation de la dépense au cas où la municipalité choisirait de « faire remonter l’horloge tous les huit jours au lieu de chaque jour » ; on y précise également que le cadran trop petit devrait être « augmenté de diamètre à la volonté de l’architecte ». Le dossier Wagner est accompagné d’une documentation faisant valoir la réputation de l’homme de l’art, constructeur d’horloges « à la surprenante régularité » (rapport de M. Biot, membre de l’Institut, sur l’horloge de la cathédrale de Beauvais, rappelant celles de Villers-Cotterêts, Ay, Laon, Saint-Valéry-en-Caux, Alger, Bône et Oran). Un double feuillet reprend un discours de Wagner, médaillé pour ses horloges en 1819, 1823 et 1827, et le rapport du Comité des arts mécaniques. Le ministre de l’Intérieur invite ce comité à le faire publier. Le choix se porte sur la Maison Wagner. De l’échange de courriers des années 1835-1836, il ressort que l’horloger Wagner a installé l’horloge de la ville le 20 novembre 1835.
Ancien mécanisme
d’horlogerie
[cliché jmrb_2007]
Son devis indique qu’il s’agit d’une horloge à quarts, « sonnant l’heure, la demie et les quarts sur les cloches anciennes que possède la commune » ; le prix comprend « toute la ferrure nécessaire à la pose des cloches, les batteries de marteaux ». Il est précisé qu’aucune pièce de l’horloge remplacée ne pourra être réemployée, à l’exception de « la monture des cloches dont plusieurs fragments pourront être réutilisés ». Le 22 novembre 1836, un courrier de Wagner signale un incident survenu à la suspension du balancier de l’horloge. Une cassure inexplicable s’est produite, faisant dire à l’horloger qu’« il faut pour casser la suspension de l’horloge que le balancier ait reçu un choc de torsion, sans cela il ne peut casser pendant la durée de cent ans ». Il demande au maire de lui envoyer la pièce cassée après l’avoir fait démonter par un serrurier, l’ouvrier ne pouvant effectuer la réparation sur place. En outre, Wagner rappelle que l’horloge est posée depuis « plus d’un an », laissant supposer des retards de paiement, ce que les échanges de lettres entre la mairie et la préfecture attestent. Le 27 novembre 1836, un ouvrier se déplace pour remettre en place le suspensoir du balancier, mais l’oubli de la goupille oblige Wagner à expédier cette goupille par courrier séparé. Du 8 juillet au 8 août 1872, la mairie correspond avec la
« Maison Collin, ancienne Maison Wagner Oncle, successeur de
Bernard-Henry Wagner, rue Montmartre, 118-120 ». Des
réparations à un pignon cassé sont nécessaires. L’horloger
Collin estime par ailleurs que « cette horloge est
complètement usée ». La mairie semble hésiter, car, dans son courrier, Collin écrit au maire : « Vous me demandez à faire contrôler mes assertions par un concurrent, qui certainement sera d’un avis contraire au mien, pour faire une affaire. » À la lecture de l’échange de courrier entre le maire, A. Truchy, et son adjoint, Carré, il apparaît que l’éventualité de disposer d’une horloge neuve avec toutes les garanties de bon fonctionnement serait préférable à des réparations sur une partie seulement de l’horloge, dont le mécanisme est dit « usé et malmené ». L échange de correspondances nous apprend que la maison Collin n’a pas été retenue : c’est la « Maison Borrel, élève et successeur de J. Wagner Neveu, horloger – mécanicien, horloges publiques, rue Neuve des Petits Champs, N°47, ex 118 rue Montmartre », qui assure le fonctionnement de l’horloge durant cinq années. Le 11 août 1872, le maire, A. Truchy, et Borrel signent une
convention par laquelle Borrel s’engage à restaurer et
remettre en parfait état de fonctionnement l’horloge de
l’hôtel de la mairie. Les travaux comprennent « le
renouvellement des roues et pignons, le changement de vitesse pour
obtenir la marche de huit jours, le retournage et polissage des
pivots, le rebouchage des trous en cuivre dur, l’addition
d’un levier de marteau aux rouages des sonneries, la remise
en état du pendule, la fourniture de deux marteaux, leviers et
bascules à la cloche des heures, ainsi que des poulies et des
cordes pour les sonneries ». Le mémoire des travaux de restauration est adressé au Maire par courrier du 24 septembre 1972.
Courrier Borrel-Truchy. 1872
[clichés jmrb_2007]
Cependant, l’horloge ne fonctionne pas correctement et Borrel se voit dans l’obligation de justifier le travail de son ouvrier, d’expliquer la raison du retard pris par l’horloge, en soulignant qu’il a laissé le tableau de réglages à effectuer par le personnel de la mairie. Le maire exprime personnellement son mécontentement auprès de Borrel, à la suite de la réclamation du secrétaire de Mairie M. Duserre. Dans sa lettre du 23 décembre 1872, A. Truchy met Borrel en demeure de faire le nécessaire pour obtenir un parfait fonctionnement de l’horloge, conformément aux engagements pris le 11 août 1872. La polémique se poursuit : Borrel écrit à Duserre disant que « cette lettre est toute confidentielle ».Il ne se plaint pas mais désire voir la fin de l’affaire. Il conteste le fait que l’horloge ne fonctionne pas correctement, estimant qu’ « il en est des horloges comme de toutes les machines, il faut les conduire avec un peu de soin, les entretenir ».[] « Il m’est désagréable pour ma réputation et très onéreux à mes intérêts de vous renouveler des plaintes que rien ne justifie. Je n’ai pas d’ordre à vous donner mais vous adresse la prière de bien vouloir prêter à cette horloge les soins très ordinaires qu’elle réclame : il se peut que ce travail vous ennuie, vous dérange, dans ce cas, que j’admets très bien, il serait préférable de prier Monsieur le Maire de le donner à une autre personne, par là épargner à la commune l’ennui et la privation de l’heure et à moi des dépenses en pure perte. » Le 4 avril 1873, loin d’être achevée, la querelle continue, cette fois à propos du règlement qui sera soldé en juin 1873.
(À suivre)
Jean-Michel Rat et Renée Baure-Rat
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