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La houille à Luzarches : La charbonnière (2/2)En 1793, les paiements ayant cessé, les créanciers, au nombre
desquels était le président Molé, seigneur de Champlâtreux,
s’associent, et nomment syndic Honoré Charles Robinet, de
Luzarches.
Propriété de Sophie Arnould,
Le 23 floréal an VI (12 mai 1798), Mme Veuve Sandrin Fasquelle
(voir Lusareca n° 19), qui s’était rendue propriétaire du
terrain sur lequel les travaux avaient commencé, achète « la
maison, construction et bâtiments que les associés avaient fait
élever sans autorisation du propriétaire, sur les étangs de la
ville et du milieu, dont ladite dame s’était rendue
adjudicataire au district de Gonesse ». M. le Baron Destouches, préfet de Seine-et-Oise, « demande l’avis de M. le Vicomte Héricart de Thury, conseiller d’État, maître des requêtes, directeur général des carrières, ingénieur en chef des Mines, membre de l’Académie des sciences et officier de la Légion d’honneur ».
Héricart de Thury
Notice sur les recherches
Cinq puits avaient été creusés : quatre dans le vallon de la Charbonnière et un dans le bois du Tremblay. Grâce aux coupes de terrain effectuées dans les plâtrières ouvertes à Épinay et à Champlâtreux, l’étude du sous-sol est facilitée.
Un niveau d’eau très abondant baigne la partie basse du sable déposé immédiatement sur la masse argileuse.
« Dans cette formation argileuse et sous le premier banc de glaise, on trouve une couche de lignite ou bois bitumeux [] qui présente la plus grande analogie avec les terres bitumo-pyriteuses exploitées dans les vallées de l’Oise, de la Marne, de l’Aisne et de tous leurs affluents, soit pour les fabriques de sulfates de fer ou d’alumine, soit pour les cendres pyrito-végétatives. [] La formation argileuse de Luzarches se trouve, ou plutôt commence, par une couche contenant des rognons de marne grise, quelquefois pyriteuse, mélangée de quelques parties de lignite, ou mieux, de terre bitumeuse. » Vient ensuite « la grande déposition de craïeuse », de craie dure, pierreuse et contenant de nombreux rognons de silex, d’une profondeur de 56 m. Cette masse, qui ne contient pas d’eau, « est coupée de distance en distance par des assises de silex. On y trouve des coquilles fossiles : bélemnites (mollusques céphalopodes de forme allongée), ananchites (oursins) et pectinites (fossiles en forme de peigne) ».
Ananchite et
bélemnite.
Pectinite. Les fouilles ont atteint alors la couche de tuffeau – craie grise, compacte et pierreuse –, auparavant percée sur 27 m de profondeur par les mineurs de Valenciennes jusqu’à l’arrêt total de leurs travaux.
Le doute La notice précise toutefois que « les couches reconnues aujourd’hui par les fouilles présentent une très grande analogie avec celles qui recouvrent le terrain houiller dans les mines les moins éloignées de Luzarches ». Le rapport fait état de recherches dans des terrains antérieurs de formation à ceux qui ont été reconnus à Luzarches. Il fait observer : « 1° que tous les terrains des environs de Luzarches sont, comme ceux des environs de Paris, d’une formation récente ; 2° qu’au-dessous on trouve la craie et ses différentes assises, qui recouvrent alors dans quelques pays le terrain houiller ».
En conclusion de son rapport, Héricart de Thury avance « qu’en admettant la possibilité de trouver de la houille, nous devons toutefois déclarer qu’il est impossible d’en déterminer le degré de probabilité ». Cependant, Thérouenne et ses associés décident de continuer et ajoutent que, « si le corps des Mines voulait les éclairer ou les diriger, il n’y aurait ni profondeur, ni difficultés, ni sacrifices qui pourraient les arrêter dans leur entreprise ». L’ingénieur en chef « donna ses instructions et son rapport reçut toute la publicité nécessaire ». Plusieurs sociétés essaient de reprendre et de continuer les travaux, qui ne tardent pas à être de nouveau suspendus par manque de moyens. En mai 1836, Méda, notaire à Luzarches, dresse acte de la réception des statuts d’une nouvelle société : « Lucy, Lebreton et Véret » ; elle est rapidement en difficulté et cesse son activité. Deux copies d’arrêtés pris par le préfet sur la fouille de houille au profit du sieur Thérouenne et un autre arrêté du préfet en date du 31 mars 1838, contenant autorisation d’accepter des actions bénéficiaires de la Société des mines de houille, sont conservés aux Archives départementales du Val-d’Oise. Une nouvelle société, qui paraît plus solide et dont le siège est à Paris, reprend les travaux et achemine à Luzarches du matériel d’exploitation, dont une machine à vapeur, pour faire évacuer les eaux. Mais elle sombre comme les autres et le matériel est vendu aux enchères à la requête du syndic de faillite de la société, qui n’avait donné ni charbon ni dividendes à ses souscripteurs. Le puits d’extraction est à nouveau comblé. Thérouenne est ruiné, mais il garde ses convictions et ses
espérances : « Pendant les dernières années de sa vie, le
malheureux vieillard venait chaque jour ouvrir et refermer les
portes et les fenêtres dégarnies du seul bâtiment qui restait
encore, élevé par la Compagnie Tubeuf. » Après sa mort, le terrain
de la Charbonnière fut mis en vente en l’étude de Me Thézard,
notaire à Luzarches, et adjugé à M. Henri François Vautour pour le
réunir à ses autres propriétés. Les héritiers de celui-ci le
vendirent à M. Guillaume Jean Marie Gaillard, qui agrandit ainsi
son parc de Rocquemont (1859-1860). Opiniâtreté et déconvenue L’histoire du charbon de terre à Luzarches ne
s’achève pas avec cette vente.
Note
Renée Baure-Rat &Jean-Michel Rat
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